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27 September 2015 @ 08:59 pm
Blitz-treck sur les sommets corses  
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Vue sur la Punta di Spasimata depuis le col de Carrozzu

Hello les amis !

Je suis très flattée de vos retours excellents sur mon précédent article : je n’aurais vraiment pas pensé que ce sujet vous plaise autant qu’à moi, et je suis vraiment heureuse d’avoir pu échanger avec vous sur ce qui nous fait avancer dans la vie, ce qui nous tire vers le haut, ce qui nous transforme et nous fait nous dépasser !
Vous êtes nombreux à m’avoir demandé des nouvelles de mon petit raid en Corse : est-ce que j’y suis arrivée ? Est-ce que c’était beau ? Alors, quelle plus belle occasion pour vous faire grâce d’un nouvel article avec encore tout plein de photos de montagne dedans ?! Vous l’aurez voulu !

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Coucher de soleil en arrivant au refuge de Ciuttulu di i Mori, et la mer au fond...

Donc voilà, je vais bien : pas de blessure au compteur, même pas de coups de soleil (même si un bronzage corsaire des plus élégants…), quelques belles ampoules, et quelques piqures de bestioles, voilà tout ! Le projet, c’était de faire Vizzavone-Calenzana, soit les 10 étapes du GR20 Nord en cinq jours… grâce à une rencontre fortuite mais plus qu’agréable sur le chemin : nous sommes arrivés en quatre jours, et avec une chouette team de quatre compères ! Oui, nous sommes fous, mais que de souvenirs !

Le GR20 est un chemin de grande randonnée qui traverse la Corse par ses sommets. Il a une réputation solide d’être l’un des GR le plus dur d’Europe : je ne sais pas dans quelle mesure c’est vrai, car je n’ai pas fait tous les GR de l’Europe, loin s’en faut, mais ce qui est sûr, c’est que sa technicité n’est pas usurpée. On en rigolait presque parfois mais difficile de parler d’un chemin : hormis les dix derniers kilomètres, nous n’avons jamais marché sur un chemin, même de montagne, comme on l’entend dans les Alpes. Les marques blanches et rouges jonchent des roches déchirées, des pierriers, des crêtes sommitales… certaines parties relèvent même de l’escalade pure ! Mais ce sont ces sensations fortes qui en font tout l’intérêt ! Quoi qu’il en soit, les temps de parcours sont incomparables avec d’autres randonnées ou trails, car la difficulté du chemin enlève toute comparaison. En course à pied, on dit que « le terrain n’est pas très roulant » = comprendre qu’il est difficile de se déplacer dessus et que par conséquent, on met beaucoup de temps à avancer.

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Non, il n'y a pas du tout de vent à la Bocca San Pedru!

Chaque « étape » correspond à un jour de marche pour un randonneur classique : comme chacune ou presque comprend l’ascension d’un col ou d’un sommet, elles ne sont pas très longues (une dizaine de kilomètres), mais comprennent souvent une partie d’escalade et surtout un bon dénivelé positif (c’est-à-dire qu’on ne compte que le dénivelé qui monte, pas celui qui descend…) de 700 à 1000 mètres. Beaucoup de gens font la totalité du GR en quinze jours, puisqu’il compte 15 étapes du Nord au Sud.
Nous avons choisi de ne faire que les dix étapes de la partie Nord, par manque de temps, et pour des raisons de réservations de refuge, nous l’avons pris dans le sens Sud-Nord, ce qui est visiblement plus rare. Je peux difficilement dire que j’ai « couru » sur ce terrain caillouteux et abrupt, même s’il est clair que nous avons bien trottiné sur les meilleures portions (voir carrément déroulé sur quelques belles descentes et parties de plat). Nous étions d’abord partis pour faire les dix étapes en cinq jours, ce qui signifiait faire deux étapes par jour… mais finalement, nous avons carrément triplé les portions sur deux journées, ce qui nous a permis de terminer les dix étapes en seulement quatre jours !

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La team de fadas: premier col dans l'assault du Monte Cintu!

Sur le chemin, nous avons rencontré Nico et Christophe : à force de se suivre d’un refuge à l’autre, et vu que nous avions un rythme d’avancée équivalent (et il faut bien le reconnaître, peu conventionnel…), nous avons fini par avancer tous ensemble ! Une chouette expérience d’équipe qui a très très bien fonctionné, et une rencontre vraiment chouette, qui a rendu cette aventure collective inoubliable aussi ! Tous ensemble, on s’est vraiment bien challengés, en alternant la tête de cordée en fonction des compétences de chacun : il y a les pros de la montée, les tarés de la descente, ceux qui ont une bonne capacité d’accélération, ceux qui galopent sur les terrains risqués, ceux ont plus un foncier sur le long, etc… On est tous différents, mais chacun a vraiment su tirer les autres au bon moment. Si bien que non contents d’enchaîner les étapes, on a souvent diminué de plus d’un tiers voir de moitié les durées indicatives de parcours. A titre d’exemple, l’ascension du Mont Cintu (plus haut sommet de Corse !) nous a pris 4h50 au lieu des 8h annoncées ! :) Une petite fierté, quand même ! * et une blague redondante pour la suite du périple ! *
Nico et Totoph ont commencé leur parcours à Conca, et ont fait la totalité du GR en sept jours : une performance vraiment exceptionnelle, qui mérite d’être saluée ! Chapeau les mecs ! :)

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Monte Cintu! :)


Il va de soi que un tel challenge demande de l’entraînement (on s’en doute), mais surtout de ne pas partir trop chargés : notre atout à tous a vraiment été de maintenir nos sacs aux alentours de 8kg. Il y a beaucoup d’écoles dans le monde de la randonnée, surtout quand on s’attelle à la haute montagne… notamment pour des raisons de sécurité : le temps peut vite changer à de telles altitudes, les températures chutent souvent drastiquement, surtout la nuit, et les chemins deviennent toujours plus escarpés. La vieille école a donc toujours préféré parer à tous les risques : celui de se blesser, celui de devoir passer la nuit à des températures négatives, celui de devoir se nourrir pendant plusieurs jours, si les circonstances empêchent de redescendre en vallée, voir même le besoin de s’encorder pour assurer un passage particulièrement difficile.
Or tout matériel supplémentaire fait vite monter l’addition en termes de poids : c’est la raison pour laquelle il est traditionnel de lire qu’il ne faut pas s’engager sur de tels parcours avec un sac de moins de 20 kg / 60 ou 70L. Vous l’avez compris, cela n’a pas été le parti que nous avons choisi.

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Le monde du trail a fait radicalement changer l’appréhension que j’avais de la montagne. Pour pouvoir courir, il faut forcément partir léger, ce qui fait souvent dire aux randonneurs que je connais que les traileurs qu’ils croisent en montagne « courent tout nus » ! :) J’ai moi-même adopté cette attitude, qualifiée à tort d’irresponsable : je ne pars jamais les mains dans les poches en montagne, mais force est d’avouer que j’ai carrément allégé la facture en termes de poids, et que, non seulement cela me permet d’avancer plus rapidement, mais surtout, cela rend les passages escarpés moins risqués, car mon centre de gravité n’est pas modifié par une charge ballottante hasardeusement fixée sur mon dos.

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Lac du Cintu, lors du contournement du Cirque de la Solitude (fermé depuis le début de la saison suite à un éboulement et une marée de boue mortelle pour 7 randonneurs...)

J’estime également que pour de nombreuses difficultés, il suffit d’accélérer et de redescendre en vallée en courant un bon coup. Pour le reste, mon fonds de sac est traditionnellement composé de : un K-way, une couverture de survie, un buff (sorte de tour de cou), un sifflet, éventuellement un petit sweat-shirt fin en hiver, une poche à eau de 1.5L minimum, quelques barres de céréales et gels énergisants. Et c’est tout. Finalement, cela permet de parer à la plupart des difficultés : la faim, le froid, la pluie. Le seul risque auquel je ne peux pas parer est la blessure, mais ça, la taille du sac n’y changera pas grand-chose ! Quant au froid et à la pluie, il faut bien avoir en tête que quand on court en montagne, on a vite très chaud, et ce même l’hiver ! Je pense même que le principal risque consiste à s’arrêter, ce qui corrélativement signifie qu’on peut se refroidir dans les 5 minutes. C’est pour ça qu’à part un K-way, pour couper un vent froid plus que pour protéger de la pluie, je ne prends rien de plus. Quant à la pluie, aux dernières nouvelles, elle n’a jamais tué personne : le seul risque est de « prendre froid », mais là aussi, le meilleur moyen de maintenir son corps à une température acceptable est de continuer de courir, jusqu’à avoir atteint le point d’arrivée où on pourra se sécher et se mettre à l’abri. Je sais que certains secouent la tête : avec moi, tout est simple, y a qu’à courir tout le temps !! En même temps, essayez et vous verrez, c’est la meilleure solution de survie !

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Progression vers la Punta di l'Altore... Vent et visibilité moyenne.

Donc, pour la Corse, il a fallu rajouter quand même quelques impondérables, qui résidaient en majorité dans le fait de dormir en altitude. J’ai donc rajouté des vêtements chauds, tout en essayant de garder les choses au plus léger : un caleçon long de trail (celui que je mets en hiver, et qui couvre toutes les jambes), une doudoune d’alpinisme sans manche (légère et compressible, en duvet d’oie x 800 : ça a été mon meilleur achat depuis plusieurs années !), une veste technique (membrane), un polaire léger (premier prix décath : je le jure ici, je ne l’ai pas porté des quatre jours même à 1900m ! La doudoune + la membrane m’ont suffit), et un bonnet en polaire. Le problème était que les refuges corses ne prêtent pas de couvertures : j’ai donc été obligée de prendre mon duvet ! Autrement, un simple sac à viande (=drap en forme de sarcophage) suffit à la plupart de mes sorties alpines. Pour la toilette : un savon de Marseille dans un sachet plastique, et deux testeurs de cosmétiques parce que je suis une fille (=1 crème pour le visage et une pour les lèvres pour éviter les gerçures).

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Randonneurs perdus dans l'immensité minérale à la brèche de Capitello

Evidemment, cela suppose de dormir en refuge : si vous décidez de trimballer une tente et un réchaud, vous prenez tout de suite 4 à 5 kg dans le meilleur des cas (=matériel déjà de qualité). S’ajoute à ça l’autonomie alimentaire : les refuges proposent souvent un repas chaud et quelques vivres de première nécessité, à des prix parfois (souvent ?) prohibitifs, il est vrai. Si vous voulez faire des économies, vous pouvez aussi transporter votre propre nourriture, mais c’est quelque chose qui pèse très très lourd. On trouve aussi des repas lyophilisés qui pèsent trois fois rien : ce peut être un choix. Mais il vous faudra toujours de l’eau et un moyen de la chauffer pour les réhydrater. Sans compter que c’est vraiment dégueulasse et que je ne suis personnellement pas sûr, psychologiquement, d'arriver à me contenter de cette nourriture infâme pendant plusieurs jours consécutifs (= j’aime bien qu’un effort physique considérable soit un tant soit peu récompensé par un bon repas).
Nous avons donc choisi de ne prendre dans le sac que de quoi faire quelques collations (barres de céréales, biscuits, un petit sachet de café lyophilisé, quelques sachets de thé), et nous nourrir essentiellement en refuge. Le GR traverse également de nombreuses bergeries, dès qu’il redescend à une altitude qui permet la vie : il y a donc moyen d’acheter du fromage et du pain au moins une fois par jour. Pour être honnête, en dehors du repas du soir pris au refuge, gargantuesque et chaud, nous n’avons pratiquement pas fait de vrais repas.

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Alain et Nico au Col d'Avartoli, avant dernière étape, bien technique...

Le matin, comme nous partions avant le lever du jour (je vous expliquerais pourquoi après), il était souvent trop tôt pour bénéficier du petit déjeuner du refuge. S’il est important de bien manger pour avoir l’énergie nécessaire pour affronter une ascension, rien ne sert non plus de trop manger : être lourd de nourriture demande à votre corps encore plus d’énergie pour parvenir à digérer. Toute cette énergie n’est pas mise au service de vos jambes et peu vite générer de la fatigue aussi.
Vu notre rythme d’avancée, nous sautions le repas du midi, mais nous prenions des collations environ toutes les deux heures : je ne parle pas ici de manger 3 graines et 2 céréales ! Il faut vraiment assez d’apports caloriques pour tenir le choc : donc pain, fromage, biscuits (ah, les canistrellis corses!) et chocolat le plus souvent. Ce mode de fonctionnement permet d’alimenter régulièrement le corps en plein effort. Ces pauses duraient rarement plus de quinze minutes, car plus la pause s’allonge, plus il est difficile de repartir… Pas seulement parce qu’il est tentant de glandouiller (certes), mais aussi parce que les muscles refroidissent, et que les douleurs articulaires qui s’étaient éteintes à chaud reviennent.

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Teghie Nere, roches chatoyantes...

Je sens que ce récit de nos conditions de survie ne vendent pas du rêve… pourtant, hormis peut-être le dernier jour où nous avons volontairement forcé, car pressés d’arriver, je n’ai pas eu de sensation d’épuisement ou de trop en faire. Lorsque nous doublions les étapes, nous sommes toujours arrivés au refuge avant 15h30 ! Du coup, cela laisse une marge confortable pour se reposer avant le lendemain. Et puis, je ne sais pas si vous êtes des habitués des refuges de montagne mais… la nuit commence généralement très tôt dans ces dortoirs collectifs ! La vie reste quand même tournée vers l’extérieur et le confort est sommaire (particulièrement vrai pour les refuges corses, je vous en reparlerais !) : bref, quand il ne fait plus jour, qu’on s’est alimenté et qu’on a bien marché toute la journée, il est l’heure d’aller se coucher. L’extinction des feux pour nous s’est rarement fait après 21h…

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Chevaux en liberté vers les bergeries du Tramizzole

Pourquoi partir de nuit, alors ? C’est un choix, en effet… Nous n’étions pas forcément obligés, mais ce rythme me convient bien, car je le fais aussi pour la course à pied, l’été, surtout quand il s’agit d’éviter les grosses chaleurs (dont nous n’avons pas souffert en ce mois de septembre, il faut l’avouer). Mais c’est aussi un confort horaire rassurant, surtout pour les deux jours où nous avons triplé les étapes : ça garantit de pouvoir finir avant le coucher du soleil ! Je sais que cela peut paraître insensé, mais je trouve ça beaucoup plus dur de finir de nuit que de commencer de nuit : psychologiquement, finir un parcours à la frontale, c’est aussi l’impression que l’effort n’en finit pas. On a hâte d’arriver, on est plus très frais, plus très précis dans ses gestes (alors que justement, la luminosité diminue et que les risques de ne pas voir les aspérités du terrain s’accroissent), et tout bêtement je crois, c’est un peu l’angoisse (« vais-je trouver le refuge ? », « est-ce que je suis toujours bien sur le chemin balisé », « est-ce qu’il restera à manger », etc…)

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Ciel perturbé et roche proéminente sur la crête de Murata!

Le matin est beaucoup plus prometteur : s’il est rude de se lever à 5h du matin, de s’habiller dans le noir, de manger dehors par des températures parfois aux alentours de zéro… tout ne fait que s’arranger ! L’atmosphère se réchauffe à mesure que le jour monte, et l’on a une impression de progression accrue : l’aube prometteuse, ce n’est pas seulement une figure poétique, je pense que c’est vraiment un ressenti humain qui vient du fond des âges. Une sorte d’instinct animal : la lumière, c’est la vie qui renait chaque jour, et l’assurance prometteuse de trouver une issue à ses difficultés ! Bref, quand le soleil se levait, nous avions déjà gravi un col, et psychologiquement, c’était un symbole fort que nous étions performants et en bonne voie de progression (et puis le lever du jour sur les sommets, zut, mais c’est si beau !). Nous ne sommes jamais arrivés bien tard, même sur notre plus longue journée (près de 12h de marche). Il faut avouer que si vous marchez au mois de juin, c’est un problème qui vous tracassera moins car les jours sont plus longs ! ;)

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Vallée de Pozatelli en montant de Vizzavone, premier matin, premier départ!

Pour rester sur les détails pratiques, les refuges corses sont dépourvus de couverture… suite à une invasion de punaises de lit ! Ouai, je sais, je vous vends encore du rêve ! Et bien, je vous annonce que… malgré les décontaminations successives et les plaquettes anti-insectes fourrées dans les matelas, elles ne se sont toujours pas décidées à partir… Ceci est valable aussi pour ceux qui choisiraient de louer une tente au refuge, qui sont pourvues de tapis de sols collectifs. Si vous arrivez à dormir dans votre sac de couchage en mode « momie ficelée », c’est le meilleur moyen d’y échapper. Personnellement, et comme mon compagnon d’infortune Nico, je bouge un peu trop dans une sorte de demi sommeil, et finis toujours invariablement par sortir les bras, ne serait-ce que pour me servir d’oreiller : j’ai donc hérité de quelques piqures, mais heureusement n’en ai pas ramené avec moi !

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Sinon, sur les « conditions d’accueil » corses… on est vraiment loin des refuges alpins. Je ne veux pas trop me plaindre, notamment par respect pour les gardiens de ces lieux, qui font un métier atypique, difficile et extrêmement rude : passer plusieurs mois à vivre dans ces lieux tellement reculés que les approvisionnements doivent se faire par hélicoptère, c’est faire preuve d’un terrible dévouement à la montagne. Hormis un type vraiment pas sympa à Vizzavone, tous ont été vraiment accueillants avec nous, même ceux dont la terrible réputation précèdent l’arrivée au refuge. Compte tenu des températures très très basses et de la fatigue, j’avoue ne pas avoir pris de douche dans les refuges : nous avons préféré nous laver dans les torrents et les lacs de montagne (les températures sont plus clémentes avec le soleil de l’après-midi, et on y est plus tranquilles). Certains refuges n’ont pas de sanitaires (ou du moins, ils sont temporairement condamnés, peut-être en raison d’une économie d’eau…), au mieux, il y a une douche pour 50 personnes, avec un degré de propreté tout relatif… certainement aussi pour des raisons d’économie d’eau. Mais bref, c’est parfois très très sommaire pour les refuges d’altitude.

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Lac de Nino et première toilette depuis le départ! ;)

De plus, pour éviter le poids, nous n’avions pas pris trop d’affaires de rechange : la technique consiste à faire sa lessive au jour le jour : deux slips, deux paires de chaussettes et deux T-shirts est tout ce que j’ai emmené. Quand on change, on lave l’autre, et on le fait sécher sur le sac, pendant qu’on porte celui qui est propre, et ainsi de suite. Et ça marche très bien !
Il est certain que de telles conditions de voyage peuvent vraiment paraître horribles et insupportables aux yeux d’un bon nombre de personnes. Nous sommes tous différents, et je comprends que l’on n’ait pas envie de ce style de vie pour ses vacances. Personnellement, ce type de mode de vie ne me dérange pas trop. On se reconcentre sur des choses fondamentales, et les paysages qu’il permet d’admirer valent pour moi tous les sacrifices du monde. Je ne suis pas rentrée chez moi avec l’impression de revivre en retrouvant tout mon confort, au contraire, je me suis sentie vraiment enfermée ! C’est dur pour moi de regarder les montagnes uniquement par la fenêtre, surtout le matin avant de partir au boulot : on se dit que la journée pourrait tellement être toute autre …

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Chemin de crête: variante par la pointe de Pinzi Corbini pour rejoindre le refuge de Petra Piana

Au-delà de ça, c’est une abdication assez totale de féminité, c’est clair, et aussi d’intimité. Les dortoirs collectifs, ce n’est pas toujours super confortable… Mais ceci n’est pas une spécificité de montagne : on peut très bien camper au milieu de nulle part, mais peut-être pas avec les mêmes objectifs de vitesse de progression !
Mention spéciale au refuge de Petra Piana, dont un randonneur suisse croisé à Asco, m’a dit : « c’est un peu Auschwitz » … Il est clair qu’il était un peu spécial de dormir sur ces banquettes en bois, serrés les uns contre les autres, sans même une échelle pour monter à l’étage. Ne parlons pas de la porte qui s’est ouverte toute la nuit sous l’effet d’un vent violent ! Mais sincèrement, je ne l’ai pas vécu comme ça. Malgré l’extrême rusticité des conditions, on a mangé une plâtrée de lentilles bien roborative, et l’ambiance était plutôt conviviale : on ne se marre jamais autant avec des gens que dans des conditions extrêmes ! Et le public des randonneurs du GR20 est quand même plutôt composé de gens sympas, qui adorent la nature, et qui sont plutôt respectueux des autres. Donc la cohabitation ne pose pas de soucis particuliers, bien que ce soit le degré zéro de l’intimité !

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Capu a i Sorbi, tourbillon de roches gigantesques!


Bon, et en dehors de tous ces détails pratico-pratiques ? Je crois que les images parlent d’elles-mêmes : c’était magnifique, grandiose, dépaysant ! J’ai vraiment découvert la Corse autrement, et voir les montagnes qui se jettent au loin dans l’immensité bleue de la Méditerranée, après avoir grimpé jusqu’au sommet, c’est inoubliable ! La partie Nord du GR20 se passe essentiellement en haute montagne, donc dans un univers très minéral : cela ne correspond pas aux aspirations de tout le monde, car la faune et la flore à admirer sont quasi-absentes, mais personnellement je suis plutôt du genre à être subjuguée par ces paysages quasi-désertiques… C’est tellement majestueux et désolé : on sent bien qu’il n’est pas naturel à l’homme comme au reste du règne animal de passer à des altitudes aussi élevées, et cela ne rend que plus précieux la possibilité de pouvoir savourer cette chance exceptionnelle. La sensation de solitude est complète et enivrante.

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Descente sur le refuge de Manganu, et la mer au bout des montagnes...

J’ai trouvé ces paysages de roches dures d’une extraordinaire variété ! Nous n’avons pas cessé d’être en admiration devant les couleurs multiples et chatoyanes que revêtent toutes ces cimes minérales, leur escarpement vertigineux, et leurs pointes majestueuses, dressées vers le ciel comme une affirmation de puissance. Cette contemplation est grisante et rend très humble simultanément, c’est difficile à expliquer !

J’espère que ce récit détaillé vous aura intéressé autant que le précédent, même s’il soulève des questions un peu moins profondes… Et vous ? Vers quelles prochaines aventures rêvez-vous ? Qu’attendez-vous du contact à la nature ? Seriez-vous prêt à abandonner votre confort pour embrasser une vie sur les hauteurs ?
 
 
 
 
 
Monophobia: Mark Rydendixmonophobia on September 28th, 2015 06:03 am (UTC)
Coucou,

Voici encore un superbe récit qui, malgré l'inconfort et la rudesse des conditions, me fait rêver. Je crois que je fais partie de ceux, comme toi, qui pensent que se sentir vivante n'est possible que face à la nature. Pas seulement un petit arbre, planté au milieu de nulle part, à la ville, mais au coeur de la nature sauvage et grandiose, au coeur des montagnes et paysages volumineux.
Ce trek semble juste extraordinaire, sublime et sur-humain au sens propre du terme. Je suis réellement admirative de ce que tu as fait et de ce que tu nous montres. Cela demande un réel courage, une réelle force et motivation.
J'ai d'ailleurs beaucoup pensé à toi lorsque je suis montée au sommet du Puy de Dôme à pied ! Non seulement par ces paysages et panoramas à couper le souffle mais aussi parce que je ressentais les mots même que tu as écris à propos des sensations procurées, dans ton article précédent.
Je n'ai qu'une envie : faire d'autres randonnées en altitude ! Merci donc de partager avec nous ces mots, ces expériences, et ces magnifiques photos !
Il est vrai que ce qui rebute aux treks est le manque de confort, on peut se passer de beaucoup beaucoup de choses sans le savoir, tout de même ! Il faut se sentir prêt avant de se lancer, aussi bien mentalement que physiquement, car c'est une réelle performance, surtout si vous ne randonniez pas mais faisiez des foulées, je suis scotchée !
Vivement que nous nous voyions pour en discuter de vive voix,
Profite bien,
Bises,
Camille