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02 February 2016 @ 08:18 pm
#Lyonkturnal 1- Lyon : ville industrieuse, ville de patrimoine, ville de brume et d'eau  
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L'Eglise Saint Georges vue de la passerelle d'Ainay

Certaines rencontres amicales ravivent des volontés éteintes… en donnant rendez-vous à Rebecca samedi dernier à Lyon, je me suis souvenue de cette série d’articles qui ronronnait dans les méandres de mon disque dur. L’article était déjà prolixe, mais dans un vœu de perfection, j’ai toujours remis sa publication à plus tard. Or, voilà qu’encore une fois, on me demandait mes bons tuyaux sur la capitale des Gaulles… Or, il est si dur de retravailler des lignes qui ont déjà trois ans! J'ai réécris de longs passages, mais je vous prie de m'excuser si l'article vous parait parfois décousu: la faute à des photos qui s'étendent sur plus de 5 ans et des textes sur plus de 3 ans!

Trève d’attente : je vous propose aujourd'hui de vous faire découvrir un peu mieux la ville de Lyon. J'y ai vécu en discontinu pendant presque 6 ans, et j'avais envie de partager avec vous ma vision de la deuxième ville de France. Je commence donc aujourd'hui une série d'articles sur la ville. J’espère que mon Lyon vous plaira !

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La tour rouge, dans le Vieux Lyon

Je vous encourage à me contredire, me compléter, et à partager ici vos bonnes adresses également : c'est comme ça qu'on s'enrichit, et je suis curieuse de découvrir aussi votre Lyon. Personnellement, j'adore lire ce genre de posts, et il m'arrive souvent, quand je dois visiter une ville, de m'imprimer un article écrit par une personne en qui j'ai confiance, avec sa petite liste d'adresses et de curiosités : ça donne à la visite un charme fou, et on passe moins de temps à errer à la recherche d'un établissement honnête pour manger le soir !:)

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La rédaction de cet article s’est transformée roman fleuve : j’en suis désolée ! J’ai donc découpé mon article en plusieurs, chacun regroupant une impression ou un quartier. J’ai un rapport très ambigu à cette ville : les années où j’y ai habité n’ont pas toujours été des années faciles, et ont souvent marqué des tournants et des choix difficiles dans ma vie. J’y ai bien sûr de bons souvenirs, mais aussi de grandes peines. Elle a parfois été l’objet de mon dépit, de ma colère, notamment après avoir vécu à Grenoble, où je trouve les gens si simples et si gentils. Mais c'est une ville très belle, culturellement très riche, avec des traditions fascinantes, bien plus vivantes qu'ailleurs, et un patrimoine remarquable. Et rien que pour ça, ça mérite de ne pas l'expédier en quelques lignes !

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Ruelles pavées dans le Vieux Lyon

Lyon, ville sur l’eau :

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Pour commencer, il me paraissait essentiel de vous montrer un plan de la ville. Pas pour faire un cours de géographie, mais parce que ça vous permettra de mieux visualiser, rapidement, un trait fondamental : Lyon est traversée par une rivière (La Saône) et un fleuve (le Rhône). Je l'écris car c'est non seulement un point de repère quand on s'y promène (« attends, il est où le Rhône déjà ? Ok, bon, on prend à gauche alors »), mais surtout c'est un fort référentiel pour les Lyonnais : d'abord parce que la ville s'est forcément construite au bord de l'eau, ensuite parce que Lyon reste un port industriel, et enfin, parce que on les retrouve dans toutes les évocations allégoriques de la ville.

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Passerelle Saint-Vincent...

Ça peut paraître étrange, car ce n'est pas une ville de canaux, mais je trouve que Lyon a un rapport particulier avec l'eau. Comme vous pouvez le voir sur la carte, la Saône se jette dans le Rhône au Sud de Lyon : cette confluence de deux cours d'eau génère beaucoup de brumes, surtout à l'automne, que la construction de barrages successifs n'a pas endigué.
Ensuite, ça configure beaucoup la physionomie de la ville : entre les deux cours d'eau, une longue langue de terre s'étend, que l'on appelle « la presqu'île » (1er, 2ème et 4ème arrondissements). Elle est donc ceinte d'une multitude de ponts, pour permettre de rejoindre l'Est (6, 3ème et 7ème arrondissements) et l'Ouest (5ème et 9ème arrondissements), et c'est encore un enjeu important, car dans les deux dernières années, on vient d'en construire et d'en inaugurer 3 nouveaux (passerelle Saint Clair, Pont Schumann, passerelle de la Confluence).

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Ce que j'adore dans cette ville, c'est qu'il y a des passerelles spéciales piétons qui sont comme suspendues au-dessus de l'eau (qui tanguent un peu, langoureusement, lorsque des gens pressés trottinent trop rapidement dessus…) et qui donne beaucoup de charme aux traversées piétonnes : ma préférée reste la passerelle qui relie Ainay au quartier Saint Georges, mais il y en a d'autres. Un de mes restau préférés ici (je vous en parle dans un prochain article) porte le nom de « Ponts et passerelles » : je trouve ça tellement poétique et tellement lyonnais, c'est vraiment bien trouvé.


Une ville au patrimoine fascinant :


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Rue des Pierres plantées, sur les pentes de la Croix Rousse

Je crois qu’il est possible de dire que Lyon est une vraie ville de patrimoine : tout un quartier est classé au patrimoine mondial de l'Unesco, même si bizarrement, les gens en ont très peu souvenir. Lyon, c'est la deuxième ville au monde après Venise, à avoir conservé un quartier médiéval aussi harmonieusement préservé : il se trouve majoritairement dans le 5ème arrondissement, sur la rive droite de la Saône, donc, mais aussi un petit peu sur la presqu'île, aux alentours de la rue Mercière (nord du 1er arrondissement). C'est vraiment le premier attrait touristique de la ville, mais ce n'est pas volé : c'est vraiment très, très beau.

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La ruelle médiévale du film de Bertrand Tavernier, l'Horloger de Saint-Paul

Au-delà de la période médiévale, on trouve de très belles réalisations de toutes époques confondues, car on trouve vraiment des monuments de toutes les périodes, des vestiges antiques aux réalisations contemporaines assez osées (nouveau musée des Confluences). Sauf peut-être des monuments baroques, même si on a un ou deux témoignages de cette période à la croix-rousse. La ville a surtout connu un essor énorme à la révolution industrielle, et a donc triplé de volume au XIXème siècle. Ça a toujours été un important bassin commercial et productif, mais tout s'accélère à cette période.

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La superbe grille du Lycée de la Martinière: mes premiers essais en argentique, à Lyon ;)

Malgré des interrogations dans les 60’s et 70’s, qui nous paraissent folles aujourd’hui (Louis Pradel et ses volontés tentaculaires sur la places des Terreaux, la tentative avortée de faire passer une portion d’autoroute en plein cœur du quartier médiéval…), je pense que Lyon a une belle histoire urbanistique. Il y a visiblement toujours eu dans cette ville, un problème de rationalisation de l’espace, dans une recherche constante d’harmonie et de productivité conjointe, qui a poussé à une réflexion poussée sur l’organisation de la cité, à toutes les époques.

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Les immeubles fous du nouveau quartier de la Confluence

De la configuration des rues, de choix radicaux en termes d’aménagement en déploiement des transports en commun (funiculaire souterrain, ligne de métro à crémaillère, tramway...), je trouve qu’il y a tout de même des choix courageux qui sont bien sûr discutables, dans le sens où ils ont été assez peu conservateurs, mais jamais ratés. Je pleure juste toujours la vente de l’Hotel Dieu, un des plus beaux bâtiment de Lyon à mon sens, à une société privée sensée transformer le lieux en un multiplex à plusieurs entrée comme on aime en faire aujourd’hui. Les travaux ne sont pas terminés à l’heure actuelle : on verra bien ce que cela donne.

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L'opéra de Lyon rénové par Jean Nouvel, jeu de transparence!

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Mélange savoureux de classicisme et de modernité


Une histoire commerciale et industrielle :

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Cour d'atelier canut dans le quartier de la Croix Rousse

La grosse richesse de Lyon provient du commerce des soieries. On fabrique de la soie à Lyon depuis le Moyen-Age, et toute l'architecture de la ville, quelle que soit son époque est articulée autour de cette production. Vous entendrez par exemple beaucoup parler des « traboules » à Lyon : ce sont en fait de petits passages aménagés dans les immeubles et qui permettent de passer d'un immeuble à l'autre par un jeu de coursives et de cours intérieures, sans se mouiller. On vous parlera aussi beaucoup des « canuts » : ce sont les ouvriers spécialisés dans les soieries, qui se révolteront contre leur condition au XIX (et subiront une répression sanglante...).

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Hotel de la Bourse et splendeur néo-classique sur la presqu'île (photo argentique)

Je vous parle de ça car je trouve ces éléments toujours particulièrement prégnants à Lyon, qui se caractérise vraiment, encore aujourd'hui, par cette sorte de « fracture sociale ». D'une part, il y a cette ancienne et sourde présence de vieilles familles : celles de l'aristocratie, puis celle de la bourgeoisie industrieuse du XIXème siècle. Les grands noms de la place lyonnaise restent encore très attachés à ceux des anciennes familles du commerce de la Soie. Et par ailleurs, cette culture profondément populaire, qui est vraiment une identité locale : de nombreux lyonnais s'associent à l'image des Canuts, ces ouvriers des soierie, qui ont été à l'origine de nombreux bouleversements sociaux : premiers syndicats, premiers balbutiements de protection sociale (se réunir, côtiser, et aider les malades), revendications populaires, bataille contre l'ordre établi...
Je vous parlais aussi de la cuisine lyonnaise, la cuisine des bouchons (souvenez-vous, dans cet article) : toute cette cuisine à base de tripes et d'abats, ne nous leurrons pas, c'est la cuisine du pauvre, la cuisine du peuple.

L’histoire lyonnaise est vraiment marquée par les révoltes ouvrières, bien avant la critique sociale de la fin du XIXème siècle. Les répressions sanglantes de 1834 et 1838, où les troupes royales ont soldé dans un bain rouge, le flots des ouvriers canuts qui descendaient de la Croix Rousse pour prendre d’assaut la ville en contrebas résume aussi beaucoup de la construction complexe de cette ville : la presqu’île bourgeoise versus la colline industrieuse.

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Les nombreux escaliers des pentes de la Croix Rousse


Il y a un dicton populaire à Lyon qui dit : « il y a deux colline à Lyon : la colline qui travaille et la colline qui prie ». C’est bien sûr respectivement de la Croix Rousse et de Fourvière que l’on veut parler ici. Si ces arrondissements ont bien sûr perdu aujourd’hui leurs caractéristiques tant marqué, tant à l’occasion de la désertion des églises, que du déplacement des industries vers la périphérie de la ville, ces quartiers gardent un esprit particulier et immuable. Quant vous dîtes à un lyonnais dans quel quartier vous vivez, vous dîtes aussi un peu qui vous êtes ! Les gens d’ici ne choisissent pas leur quartier au hasard. Il reste dans ces quartiers une ambiance comme qui dirait « de principe » : on trouve sur les pentes de la croix rousses pleins de micro-sociétés, que ce soit des cafés autogérés, ou de minuscules théâtres volontairement indépendant, des cafés punks, et le local de la CNT, et Fourvière conserve également de nombreuses communautés religieuses, du siège de l’évêché au diverses associations diaconales. Bref, l’Histoire est toujours présente, et ne pas la connaître, c’est mal percevoir les codes de cette ville complexe.

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Fête des Lumières à Lyon, en l'honneur de la Vierge, pour célébrer la fin du cholera: les lumignons aux fenêtres de la ville, le soir de la procession

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Je trouve que Lyon reste une ville assez fermée… les gens sont loin d’être froids, mais elle ne s’ouvre pas forcément aisément à l’étranger qui n’en maîtrise pas ses codes. Toutes ces références à la religion, aux luttes sociales et aux personnalités locales, ne m’ont jamais semblées aussi essentielles pour comprendre une ville qu’à Lyon. Elles sont vraiment une clef de compréhension de son fonctionnement, et je m’y suis très tôt heurtée, sans très bien les comprendre.
Bien sûr, comme Paris aujourd’hui, avec les migrations qu’induit le marché du travail contemporain, beaucoup de gens vivant à Lyon ne sont pas des Lyonnais d’origine. Mais pour les Lyonnais, ce ne sont pas vraiment des Lyonnais, ce sont des gens qui vivent à Lyon.

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La curiosité Evil de Lyon: la fenêtre de chapelle en forme de pentacle?! :P

Malgré tout, le Lyonnais reste un bon vivant, sensible aux arts de la table, un peu chauvin comme tout bon français, et ses habitudes de vie sont attachantes ! Je garde un excellent souvenir d’une exposition temporaire sur la gastronomie à Lyon, au musée Gadagne, il y a quatre ans, qui résumait assez bien ce que je pense de la ville. Je n’ai jamais vu un lieu avec une telle concentration de restaurants étoilés et de bonnes adresses en tout genre. Si certains grands noms (au premier desquels Boccuse, forcément fait forte figure) de la cuisine traditionnelle française, et malgré l’ambiance aprfois assez bourgeoise de la ville, la bonnes tables ne sont jamais surfaites et surtout restent extrêmement accessibles.

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Bouchon lyonnais...

Il y a moyen de manger un menu pour 25€ dans un restaurant étoilé. Et les tables sont très surprenantes : on trouve plein d’adresses franco-japonaises extrêmement intéressantes ( Katsumi Ishida, Akira Nishigaki, Tomohiro Hatakeyama…), et d’autres propositions plus occidentales mais non moins créatives (Laurent Ozan et Connie Zagora, Mathieu Rostaing-Taillard, Guillemette, etc…). On trouve même des micro-maisons qui n’ont pas d’adresse physique, et qui néanmoins fonctionnent très bien via le bouche à oreille ! Si vous vous installez un petit moment sur Lyon, je vous conseille de vous faire livrer des chocolats Dorte et des gâteaux Nuage et Caramel !

Bref, ces petits carnets seront donc plein d’adresses de miam, comme vous vous en doutez ! On commence bien vite avec la presqu’île de Lyon (1er et 2ème arrondissements) dès le prochain article.

Bonne semaine à tous !
 
 
 
 
 
hana_no_kohana_no_ko on February 2nd, 2016 07:45 pm (UTC)
Joie ! Grâce à toi je me replonge dans ce merveilleux (et trop bref) séjour à Lyon ! Tes photographies sont toujours aussi belles et réussies, et c’est un plaisir que de revoir du fond de mon lit ces ruelles qui m’ont fait rêver la semaine dernières. Je retrouve dans tes lignes les quelques discussions que nous avons eues, sur les canuts par exemple, et j’interprète a posteriori ces différences d’ambiances entre les différents quartiers que nous avons visités (la colline qui travaille et la colline qui prie, c’est très bien trouvé). Hâte de lire la suite, vraiment, et contente de t’avoir incitée malgré moi à reprendre cette série d’articles ! Et, encore une fois, je suis vraiment ravie d’avoir pu te voir à nouveau.
messalynmessalyn on March 16th, 2016 10:41 pm (UTC)
Oh la la je suis passée sur ton blog hier, il y avait quelques nouveautés que j'ai lues et j'ai même relu des vieux billets (comme le toujours fascinant billet sportif). Du reste je suis persuadée d'avoir déjà ajouté à plusieurs reprises le flux de tes articles dans la sidebar de mon blog (ou essayé de) parce que je m'en sers comme marque-pages perso mais l'animaljournal se montre un peu récalcitrant. C'est toujours aussi intéressant ! Ca me donne envie de renouveler un peu mes lectures du web pour les varier, d'ailleurs je suis plutôt bon public quand il s'agit de me laisser entraîner par des directions imprévues de ligne éditoriale chez certains blogs…