Blessure et élucubrations

Raidlight Winter trail 2018: de la neige en abondance!

C’est un sujet traditionnel, mais ce post est essentiellement expiatoire. Après un an et demi passé à me battre contre une foutue tendinite (« ça s’en va et ça revient, c’est fait de tout petits rien… »), ça me fait plaisir d’écrire sur ce sujet. Parce que… c’est terminé !! Youhou !

Je pense qu’on n’imagine pas les affres de désespoir dans lesquels un petit bobo peut précipiter un sportif, c’est d’ailleurs assez compliqué de l’expliquer à la famille, pour qui c’est presque un soulagement de vous savoir au repos : enfin un mois où on peut dormir tranquille, elle n’ira pas se tuer en montagne/passer sous une voiture/ s’exploser le corps jusqu’à l’épuisement, etc... Oui, c’est souvent la vision que les proches ont du sportif. Un casse-cou fébrile infatiguable, sorte de chien fou qu’il faut sortir régulièrement au risque de le voir plonger dans une dépression enfantine ou japer jusqu’à la nuit devant la porte d’entrée.

Déjà, je constate que j’ai fait du chemin en trois ans : je m’auto-colle l’étiquette de « sportive ». La première fois que l’on m’a désignée comme telle, ça m’a fait rigoler ! Moi, sportive ? Ah non, non, ma bonne dame : moi j’aime juste passer du temps dehors en nature, c’est pas pareil ! Rien à voir avec ces mecs qui puaient la trans au collège, cette odeur des vestiaires du gymnase, ces gamins boutonneux et analphabètes où il n’y avait pas d’espoir de promiscuité intellectuelle.

Mais il faut regarder les choses en face : ma vie est très organisée autour des entraînements (et surtout depuis que je fais des tours de stade, je peux de moins en moins prétendre qu’il s’agit juste d’une petite ballade santé au grand air), la place prise par le matos de sport dans l’appart commence à devenir conséquent (skis, baskets, vélos, casques, vestes techniques, crampons, baudriers, etc.), et le comble m’a touché le jour de mon anniversaire. Personne n’est sorti fumer sur le balcon, on n’a pas terminé le stock de vin et de bières, et on a parlé d’entraînements, de courses et de voyages toute la soirée. Y a comme un truc, quoi !

Donc, le jour où je me suis blessée, c’est un peu devenu la fin des haricots.

Echappée Belle 2016 - ce jour où j'ai fini en boitillant! Photo @Courotaf Takar

C’est arrivé un beau jour d’août 2016, merveilleux, même ! Je faisais office d’ouvreur avec l’ami Fred Z. sur l’Echappée Belle, et ça faisait bientôt 14h, qu’on se « balladait » dans le joli massif de Belledonne quand Paf ! La douleur brusque et vive est apparue dans mon genou droit. En quelques minutes, je ne pouvais plus plier la jambe, et je suis arrivée au Habert d’Aiguebelle pour montrer ma papatte à un poste de secours ou le médecin goguenard m’a juste demandé si je pensais à m’arrêter de courir ou si fallait vraiment que je l’entende de sa bouche. Ben zut ! Outre le fait que ça a été un merdier pas possible pour aller récupérer la voiture de l’autre coté du massif, et revenir rendre le véhicule de location du ravito (+ 7 km de montée descente supplémentaire pour mon super coéquipier pour rendre les clefs au responsable de poste), c’est la mise à pieds des jours suivants qui m’a fait super bizarre.

De Super Woman qui allait plusieurs fois par semaine caracoller sur les crêtes locales à l’heure où tous les braves terminent leur petit dodo dans leurs nids douillets, je suis passée au stade de Mamie qui couine à l’idée de descendre un escalier. Sur ces entrefaîtes, habitant au 8ème étage, mon ascenseur est tombé en panne : je peux vous dire que je n’étais pas en reste sur les échanges avec les voisins Carte Vermeil sur l’inertie du syndic, la commandes des pièces de rechange qui n’avançait pas, la modernisation de l’apparaeil, etc.

Et puis, c’est comme si on ne savait plus occuper sa vie : quoi récupérer 18h de dispo dans la semaine ?! Du temps mais pas de possibilité de pouvoir le passer dehors ?! Mais qu’est-ce qu’on va faire ?! Lire/retoucher des photos/cuisiner/écrire/écouter de la musique… oui, oui, certes. Mais quand même… il fait vachement beau dehors ! Adieu Ultra-trail du Vercors, adieu traversée du Vercors avec les copains, adieu trail du Cousson… Le programme des prochains mois prend une sacrée claque.

Cheminée d'Herbouilly - le petit lac inférieur - juin 2017: on s'occupe en visitant des trous dans le coin!

J’ai fait d’abord une première erreur : celle de ne pas vraiment poser de diagnostic, et de prendre juste 2 ou 3 semaines de repos relatif. Ben oui, repos relatif : le genoux ne fonctionne plus ? Quà cela ne tienne : le haut du corps, lui, est en parfait état de marche ! Gainage et muscu still possible !! Et puis dès disparition de la douleur, je me suis jettée à corps perdu dans le vélo, avec de belles sorties à fort dénivellé. Je n’avais qu’une idée : ne pas perdre la caisse, ou au moins, minimiser les dommages. Et j’ai vite repris un dossard pour le mois de novembre (28 km sur le LUT by night avec 800 d+), dès la disparition de la douleur. Moralité, bien sûr : au mois de décembre, elle est revenue (vilaine!!!).

Cette fois, comme cela ne passait pas, ce qui était relativement étonnant compte-tenu de la bénignité du truc (tendinite du fasci lata, l'utra-classique du coureur de fond), j'ai passé une IRM, et commencé les séances de kiné. Les étirements, que je n’avaient jamais pratiqués, m’ont fait beaucoup de bien. Par contre, je me suis vu prescrire une vraie coupure de plusieurs semaines. Et c’était dur. Puis la reprise, à coup de mini-sorties sans intensité. Très dur aussi de constater qu’on peine à finir 10 km sur du plat à une allure Mamie, après un beau palmarès sur des distances plutôt longues et riches en dénivelé. J’ai beaucoup douté de mes capacités. J’ai cru avoir grossi, j’ai cru que je n’y reviendrais jamais plus, j’ai cru que j’avais perdu le goût, perdu la compétence. Et j’attendais tellement de retrouver du plaisir, alors que chaque sortie me faisait mal. Et j’ai à nouveau réveillé la douleur après un gros bloc de charge… De quoi me faire tourner maboul !

J’étais prête à tout pour que ça passe, moi qui suis extrêmement rationnelle, et je crois, pas trop douillette. J’ai acheté des huiles essentielles pour pratiquer les auto-massages, j’ai acheté des baskets à petits-drop (et ai bien failli me flinguer aussi le tendon d’Achille), je me suis étirée comme un élastique dans tous les sens, j’ai pris rendez-vous chez un ostéopathe réputé (je n’y comprends toujours rien, mais si ça a la moindre chance de fonctionner!), et surtout chez un super podologue. Ce dernier a poursuivi l’analyse que ma kiné avait commencé sur ma posture.

Je me suis retrouvée sur un tapis de course, avec des gommettes plein de dos et trois caméras, pour analyser ma posture, ma foulée, mon emprise au sol, etc. Et j’ai appris que ma jambe droite était un peu tordue. Je crois que c’est le meilleur diagnostic qu’on pouvait poser. Ma kiné l’avait déjà remarqué, mais je crois qu’avant de voir la vidéo de mes jambes, je n’avais pas vu le truc. Oh, rien de très flagrant, une micro-rotation de quelques degrés. Et aussi peut-être générée par ma chute un an et demi auparavant (j’ai gardé un gros hématome, qui a déplacé pas mal de choses). Du coup, rééducation psoturale, et surtout de super semelles correctrices, et un rendez-vous très rassurant. J’ai pu poser plein de questions à mon podologue du sport : un monsieur très compétent, et qui surtout, est coureur lui-même et pratique l’utra-trail. Je crois que je suis arrivée à ce rendez-vous bourrée de toutes les explications pourries que l’on lit sur internet et qui font le pain des markeuteux dans le sport.

Lac du Chambon, en revenant des Deux Alpes

La grande mode de la foulée avant-pied ou medio-pied (l’analyse qui consiste à dire que il faut courir sur l’avant du pied pour solliciter la chaîne musculaire de la jambe en amorti, plutôt que de poser le talon en premier, soit-disant générateur de problèmes posturaux), le bare-feet (le soit-disant retour à une impression de course pied-nu dîtes plus naturelle), la diminution du drop des chaussures de running (l’écart entre le talon et l’avant du pied), l’insuffisance du gainage, etc. Il y a beaucoup d’ayatolas qui croient avoir trouvé une solution miracle. Peut-être que cela fonctionne pour certaines personnes. Peut-être pas. Je crois qu’il est difficile de faire des généralités tant nous sommes différents.

Mais le monsieur qui m’a reçu, lui, il court depuis 30 ans, et il a de réelles connaissances anatomiques et scientifiques, il lit des publications médicales (et non sportives) en la matière. Et il relativise beaucoup toutes ces nouvelles avancées dont la démonstration sur le long terme n’a pas été établie. Et surtout, il a fait une analyse individuelle de mon cas, et a proposé les corrections adhéquates. Je me suis sentie tellement soulagée ! Après toutes les consultations que j’avais faites, j’étais persuadée que c’était ma faute, que je ne savais pas courir, que j’étais mal fouttue, que j’étais aps assez musclée, que … bref. Ca n’a duré que 30 ou 40 minutes, mais j’ai vraiment eu pas mal de réponses. Non, je n’avais pas de problèmes de posture, non j’étais pas mal foutue, non, j’ai une foulée qui va très bien. Non, c’est pas la peine de changer de baskets si je suis bien dedans. Non, c’est pas la peine de boire 6 L de flotte à chaque sortie.

En tout cas, moi, je suis allée à la Clinique de podologie du sport, avenue Jean-Jaurès à Grenoble, et je vous les recommande. On ressort 2h après avec ses semelles et son bilan. C’est un petit peu plus cher qu’ailleurs, mais l’analyse de posture est vraiment la plus poussée. En tout transparence : j’ai déboursé 190 euros, et seulement 18€ remboursés par la sécu. Mais ça valait le coup.

Tout ça, pas pour vous dire d’aller faire des semelles si vous vous blessez : comme je le disais au-dessus, chacun a des fragilités différentes, des sources de blessures différentes, et si la douleur et la blessure sont communément marquantes pour le sportif, la solution, elle, est multiple et variée.

Plateau de Jarrie et Vercors enneigé!

Simplement, si j’avais un enseignement à tirer de cette période c’est :

- 1 : ralentir dès la première douleur. Oui, il vaut mieux pourrir une semaine d’entrainement que pourrir un tendon. Même si l’objectif est proche, même si c’est stressant.

- 2 : consulter tout de suite. Et aussi, consulter des spécialistes du sport. Vraiment. Le praticien lambda aura tendance à toujours vous prescrire « du repos ». C’est sûr, c’est bien pour calmer toutes les inflammations. Par contre, si le problème est structurel, il reviendra dès que vous ré-augmenterez le plan de charge. Donc non, le repos, ça ne suffit pas. Il faut surtout trouver la source (et ça peut être long) et tenter d’y remédier. Et une fois qu’on a trouvé quelqu’un de bien, faire confiance.

J’ai une super kiné : Kinéform, cours Jean-Jaurès aussi, à Grenoble, qui s’appelle Margaux Guidi. Elle m’a vraiment bien accompagnée, et elle aussi sait individualiser son analyse et les solutions proposées.

- 3 : reprise avec une vraie progressivité. Même votre corps bouillonne d’énergie, et que là, cash, vous en auriez presque suffisamment pour courir un marathon sans entraînement. Parce qu’il faut bien se souvenir que la blessure est sur un point du corps : le reste de l’organisme, lui, fonctionne très très bien, donc oui, vous n’aurez pas de signaux de fatigue, mais attention à l’effort qui chauffe les muscles et à la douleur qui revient une fois le corps refroidi. La première fois que je suis ressortie pour faire 4km à plat, je me suis sentie ridicule, et en fait… non ! 4 km, c’est toujours mieux que rien du tout. C’est toujours mieux que de ne pas sortir du tout. Et ça permet de tester la partie du corps en souffrance.

Toutes ces recommandations, je les ai déjà lues, mais je pense que je n’avais pas pleinement pris la mesure de ce qu’elles représentaient. Je me suis toujours dit que j’étais capable d’adapter mon entraînement, de ralentir, de reprendre progressif. Mais si une sortie reprise pour votre pote Tintin, ça peut être du 20km à 4:40/km, c’est peut être pas valable pour vous. Il faut vraiment s’écouter surtout, et apprendre à faire des choses en deçà de ses propres exigences. C’est dur pour l’amour-propre au début, mais ça paye.

Tant pis si nos bobos paraissent ridicules. Ridicules à qui d’abord ? Ceux qui ne pratiquent pas de sport ? (ils rigolent beaucoup quand vous vous blessez : eux-c’est sûr qu’ils ne se sont pas blessés en se relvant de leur canapé, par contre, quand arriveront les problèmes cardio-vasculaires de la cinquantaine, ils ouvriront des yeux grands comme des soucoupes) Ceux qui en font beaucoup ? De mon coté, je pense, c’est que je suis entourée de très bons sportifs. J’ai toujours tendance à me dire que c’est fou, d’arriver à se blesser en faisant 40 ou 50 km par semaine, car je suis entourée par des avions qui tournent à 80 ou 100km par semaine. Mais en fait… c’est déjà beaucoup (oui, même si pour ma Maman c’était déjà beaucoup, pour moi, ça ne représentait pas tant que ça). Et il faut ajouter à cela, le vélo, la marche au travail, les postures au bureau. Bref, il n’y a pas de honte à avoir, ni sur ses vitesses (en reprise ou le reste du temps, d’ailleurs!), ni sur ses volumes. On n’est pas tous fait pareils. Et ce qui est le plus important, c’est bien de retrouver le plaisir de sortir, et l’aisance de la course pour soi. Pour le plaisir de pratiquer.

Raidlight Winter Trail 2018: ça va mieux!!

Pas pour les chiffres, pas pour refaire des temps, pas pour les dossards, pas pour les poteaux, pas pour prouver à Dédé que nous aussi on peut faire une récup active sur 35 km ou à 5:10 du km. Même si, bien sûr, c’est un peu jouissif quand on en redevient capable. Je pense qu’il faut savoir couper avec les autres et focaliser sur soi. Et apprendre à être modeste. Extrêmement modeste. Avec soi, avec son corps, car une fois qu’il est tout cassé, ben… c’est trop tard et on est vraiment triste. Sans non plus tomber dans la sédentarisation forcée, ou le défaitisme qui bloque. Il faut tendre vers un équilibre, comme dans de nombreux domaines !

Et je ne sais pas vous, mais je ne m’étais pas rendue compte avant que je ressentais une forme de pression sociale aussi, dans mon sport. Je fais plein de choses seule, et j’adore essentiellement être dehors. Mais… une partie de mon identité est maintenant attachée à mon étiquette « sportive », et quand je suis blessée, je ne me sens plus légitime au titre quelque part. Au boulot, les gens m’ont collé cette étiquette, par les réseaux sociaux, par les potes aussi, avec qui je vais courir : nombreux sont ceux qui sont bien meilleurs que moi, mais avec qui je carburais bien en pleine période de forme, et qui ne comprennent pas de te voir au bord des larmes au milieu d’une sortie où tu ne peux plus suivre. Et les copains qui te proposent de prendre un dossard avec eux : t’as tellement envie, mais en fait… tu peux pas ! Et mon Instagram, aussi ! J’adore ma galerie, et les échanges qu’elle me procure avec les autres. Comment échanger sur le sport si je n’en pratique plus (ou en fait, juste : moins) ? Et les photos de montagne que j’aime tant ? Si je ne sors plus en altitude, comme ramener des clichés ? Et au boulot aussi, comme expulser la pression si je ne peux plus aller me défouler ?

Certainement que de le constater est déjà un premier pas. Mais je n’ai pas de réponse toute faite. Je ne fais pas partie de ces gens qui sont contents de faire une coupure parce qu’ils ont l’impression de s’être privés de tout pendant une préparation. Mais essayer de re-profiter d’autres choses, d’autres plaisirs de la vie, c’est certainement la clef.

portrait 2018

En espérant ne vous avoir pas trop lassés avec mes histoires de bobos ! Je suis toujours très preneuse des expériences des autres sur le sujet!

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