Cabanes en Belledonne

Refuge du Léat
Refuge du Léat

Je rentre de quelques jours dans ce joli massif iséro-savoyard qui n'est, honnêtement, pas celui que je connais le mieux. J'ai profité de la présence de mon pote Seb, dont c'est un peu le jardin, pour me greffer sur son programme et passer quelques nuits en altitude. Compte-tenu de la saison et surtout de la météo de ces derniers jours, le bivouac était tout sauf opportun, donc nous nous sommes rabattus sur les refuges non-gardés qui jonchent le massif, pour prendre du repos au sec et au chaud le soir.  

Cabanes 5
Cabanes 5

Je vous avais déjà parlé ici de notre plaisir à découvrir les cabanes du Vercors dans cet article, mais Belledonne est également bien garnie en petites planques de charme. L'association « Tous à Poële » a rénové pas mal de lieux dans le nord du massif, et si j'avais déjà pu apprécier le confort du refuge de la Fouetterie l'an passé, j'ai d'autant plus mesuré le travail que cette fois, j'ai pu passer trois nuits dans trois refuges différents, tous rénovés par l'association.

Cabanes 3
Cabanes 3
Claire au lac de la Folle (aucun lien)
Claire au lac de la Folle (aucun lien)

Oh, ce n'est pas non plus le grand luxe et il faut parfois faire avec les autres habitants de ces petites maisonnées : entre autres, les souris (particulièrement nombreuses au chalet du Léat, mais pas seulement), et qui à plusieurs endroits sont venues dévorer les matelas confortables montés à dos d'homme il n'y a pas si longtemps que ça (2016 ou 2017). Il faut bien sûr suspendre la nourriture pour la nuit, pour ne pas éprouver le risque d'attirer la convoitise gourmande de ces rongeurs. Enfin, il faut s'habituer à leur présence perpétuelle : oui, ça gratte et ça frétille toute la nuit aux quatre coins de la pièces. Une kamikaze m'est même passée sur les pieds, puis dans les cheveux de Seb… Quel cauchemar !

Cabanes 4
Cabanes 4

Néanmoins, à chacun de nos passages, nous avons pu faire un feu, manger assis et à l’abri du vent, et dormir sur un matelas confortable, et non sur un tapis sommaire trimbalé toute la journée, ou à-même le sol, et ça, ça n'a quand même pas de prix pour bien récupérer après une bonne journée passée en montagne.  

Autres détails touchants : les très petites bibliothèques installées dans chaque lieu, où chacun peut déposer un ouvrage, et les petits torchons brodés main, au nom du chalet. Parfois même : toilettes sèches derrière le chalet (« panard WC ») et petite source tirée à proximité du chalet. Pas grand chose à redire !

Morétan par mauvais temps
Morétan par mauvais temps

Les règles sont simples pour que chacun puisse apprécier y venir : descendre ses poubelles, ranger, balayer, remettre du bois pour les suivant, et bien refermer la porte et les volets derrière soi. Bref, se faire discret et contribuer si possible à l'entretien du lieu.

Grande Valloire et Petits nuages
Grande Valloire et Petits nuages

Les cabanes de Tous à Poële ne sont pas les seules qui existent sur ce modèle, mais c'est la première fois que cet entrain humain prend la forme d'une association formelle. En effet, l'ensemble des cabanes et refuges non gardés sont recensés sur le site refuge.info, qui permet de connaître la localisation et l'équipement de chaque lieu. Il est ainsi possible de s'organiser une traversée de massif sans promener sa tente, et même hors saison, à la période où les refuges ferment et où les gardiens redescendent dans la vallée. Un vrai luxe !

Arrivée sur le Léat depuis le Crêt du Tambour
Arrivée sur le Léat depuis le Crêt du Tambour

Il est aussi possible d'être pro-actif et de monter des choses utiles dans les cabanes comme des outils (scies, haches…), des torchons propres, des bûches biens sèches pour la saison morte (ah, le pied d'un bon feu après une sortie en ski de rando!)… De notre coté, nous avons essuyé la pluie tous les jours, et grâce au feu, nous avons pu sécher nos affaires avant de repartir le lendemain. Grâce à l'attention des autres, nous avons eu du bois sec tous les soirs, et avons renfloué en bois plus humide, qui aura, espérons-le, le temps de sécher d'ici la prochaine visite.

Cabanes 1
Cabanes 1

Bien sûr, ces cabanes vivent mieux avec un faible trafic de visites, et les gens du coin n'ont pas attendu Tous à Poële pour s'organiser collectivement pour entretenir ce genre de lieux. Certains sont sur les cartes, et souffrent de leur affluence, d'autres restent secrets… et c'est aussi ce qui fait leur charme. En tout cas, c'est le genre d'effort que je trouve extrêmement touchant.

En haut du Morétan
En haut du Morétan

Peut-être aussi parce que j'ai rêvé de ce genre de lieux, enfant. J'ai été bercée par le mythe de la cabane, j'ai éclusé copain des bois, fais des cabanes de bambous dans les pruniers du jardin avec ma sœur tous les été, fabriqué des meubles en bouts de bois et ficelles à chaque camp scout… je pense que c'est pour ça que cette petite magie résonne en moi, celle des cabanes partagées, des cabanes cachées, des lieux atypiques proches des hommes et loin du monde en même temps. C'est même parfois le but d'une ballade, d'une excursion : aller voir un nouvel abris, se rencontrer, se plaire, prendre date et se promettre de revenir plus tard passer une nuit, ou deux, avec les bons copains, autour d'une flambée et d'une bonne bouteille, ou sur le chemin d'un bel itinéraire.

Transhumance
Transhumance

La Chartreuse (où je vis le plus souvent, habitant au pied de ses contreforts) est très belle mais n'a pas tous ces abris secrets. C'est un massif religieux (couvents et monastères), et jonché de petits hameaux agricoles où l'on trouve encore petites pensions, hôtels et auberges. Quelques cabanes sont là, mais plus pour servir d'abris aux chasseurs que pour entretenir les rêves de manouches ou de gamins des passionnés des grands espaces.  

Seb au refuge de l'Oule
Seb au refuge de l'Oule

Je n'arrive d'ailleurs pas trop à cerner le profils des personnes avec qui je partage ces lieux (certainement parce qu'il y en a plusieurs!) : il est rare que l'on s'y croise ! Heureusement d'ailleurs, car c'est toujours délicat d'être à plusieurs et de partager l'intimité de lieux si exigus. A condition, bien sûr, d'éviter d'y monter pour le 31/12 ou sur des WE d'été où les lieux risquent d'être courus, pour les plus connus d'entre eux. La visite du refuge secret de Chabloz m'avait d'ailleurs intriguée par la projection poétique et en même temps parfaitement inutile que ses utilisateurs/bâtisseurs en avaient fait. 

Arrivant au refuge de la Petite Valloire
Arrivant au refuge de la Petite Valloire

Une nappe, des rideaux, un vase de fleurs séchés, des poèmes sur la vie vagabonde plein les murs et surtout, ces magnifiques pyrogravures et peintures évoquant un chef-d’œuvre de la littérature et du cinéma : Dersou Oursala…  Qui m'était jusque là d'ailleurs parfaitement inconnu. Qui sont les petites mains qui viennent décorer ces lieux, qui projettent sur ces murs pourtant bien sédentaires, les rêves d'une vie vagabonde ? C'est tout le paradoxe de la cabane : elle évoque l'aventure et se trouve en même temps remplie de la chaleur des cœurs qui l'érigent, qui enveloppe le visiteur d'une onde de confort sommaire et d'humanité.  

refuge de Chabroz
refuge de Chabroz


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